7 erreurs de typographie courantes en design et comment les éviter | Tasmim

Ces 7 erreurs de typographie ruinent vos designs

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| 10 min de lecture

Il y a quelques mois, un ami entrepreneur m'a envoyé sa nouvelle carte de visite par WhatsApp. Fier de son design. Cinq polices différentes. Du rose fluo sur du jaune. Et un texte tellement serré qu'on aurait dit un contrat d'assurance écrit en taille 6.

Sa question : "Pourquoi personne ne me prend au sérieux ?"

La réponse tenait en un seul mot : typographie.

La typographie, c'est l'art invisible du design. Quand elle est bien faite, personne ne la remarque. Quand elle est ratée, tout le monde le sent, même sans savoir l'expliquer. C'est cette petite voix dans la tête de votre client qui dit "ce site a l'air amateur" ou "cette marque inspire confiance".

Et voici la bonne nouvelle : vous n'avez pas besoin de devenir un expert pour éviter les pièges les plus courants. Il suffit de connaître les erreurs que presque tout le monde fait, et de savoir comment les corriger.

C'est exactement ce qu'on va voir ensemble.

Erreur n°1 : utiliser trop de polices dans un seul design

C'est le péché originel de la typographie. Vous ouvrez Canva ou Figma, vous découvrez des centaines de polices magnifiques, et vous voulez toutes les essayer. Sur le même visuel. En même temps.

Le résultat ? Un chaos visuel. Chaque police a son propre rythme, son propre poids, sa propre personnalité. Quand vous en mélangez quatre ou cinq sans stratégie, elles se battent entre elles au lieu de guider l'œil du lecteur. Votre message se noie dans le bruit.

La règle d'or : limitez-vous à deux polices maximum, trois dans les cas exceptionnels. Une pour les titres, une pour le corps du texte. C'est tout. Si vous avez besoin de variation, jouez avec les graisses (bold, semi-bold, regular) et les tailles, pas avec de nouvelles polices.

Pensez-y comme une tenue vestimentaire. Deux pièces bien assorties, c'est élégant. Cinq pièces qui n'ont rien à voir entre elles, c'est un déguisement.

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Erreur n°2 : ignorer la hiérarchie visuelle

Imaginez une page où le titre, le sous-titre et le paragraphe ont tous la même taille et la même graisse. Qu'est-ce que l'œil regarde en premier ? Rien. Tout se mélange.

La hiérarchie typographique, c'est le GPS de votre design. Elle dit au lecteur : "Regarde ici d'abord. Puis là. Puis là." Sans elle, votre audience fait le travail elle-même, et dans 90% des cas, elle abandonne.

Un journal est un excellent exemple. Les gros titres en 72 points attirent l'attention, les sous-titres en 18 points donnent le contexte, et le corps en 12 points raconte l'histoire. Cette cascade n'est pas un hasard. C'est de l'architecture visuelle.

Comment corriger ça : définissez trois niveaux clairs dans chaque design. Un titre dominant (grand, bold), un sous-titre intermédiaire, et un texte courant lisible. L'astuce simple : plissez les yeux devant votre design. Si les éléments importants restent visibles même flous, votre hiérarchie fonctionne.

Erreur n°3 : négliger l'espacement entre les lignes

Quand Sara, une designer freelance à Casablanca, m'a montré son premier projet client, le design était beau. Les couleurs, parfaites. La composition, soignée. Mais le texte ? Illisible. Les lignes étaient tellement collées les unes aux autres que le paragraphe ressemblait à un mur gris.

L'interligne (ou "leading" en anglais) est l'espace vertical entre deux lignes de texte. Trop peu, et le texte étouffe. Trop, et les lignes semblent déconnectées, comme des phrases qui n'ont rien à voir entre elles.

Le terme "leading" vient d'ailleurs des bandes de plomb que les imprimeurs plaçaient entre les lignes de caractères en métal. Aujourd'hui, c'est un simple réglage dans votre logiciel, mais son impact reste énorme.

La règle pratique : visez un interligne de 120% à 150% de la taille de votre police. Si votre texte est en 16px, votre interligne devrait se situer entre 19px et 24px. Testez visuellement : le texte doit "respirer" sans se disperser.

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Erreur n°4 : choisir des polices qui ne correspondent pas au message

Voici un test rapide. Imaginez le logo d'une banque en Comic Sans. Ou celui d'une marque de jouets pour enfants en Times New Roman ultra-rigide. Ça ne colle pas, n'est-ce pas ?

Chaque police envoie un message émotionnel avant même qu'on lise le premier mot. Les polices serif (avec des petits pieds, comme Georgia ou Playfair Display) évoquent la tradition, la fiabilité, l'autorité. Les polices sans-serif (comme Montserrat ou Open Sans) communiquent la modernité, la clarté, l'accessibilité. Les polices script suggèrent l'élégance ou la créativité, mais attention : elles deviennent vite illisibles en petite taille.

Le piège courant : choisir une police parce qu'elle est "jolie" sans se demander si elle correspond à la personnalité de la marque. Une police décorative peut être magnifique dans un titre, mais désastreuse pour un paragraphe entier.

La bonne approche : avant de choisir une police, posez-vous cette question : "Si ma marque était une personne, comment s'habillerait-elle ?" Formelle et classique ? Moderne et décontractée ? Créative et audacieuse ? La réponse guide votre choix typographique.

Erreur n°5 : le mauvais contraste texte/fond

Vous avez probablement déjà visité un site web avec du texte gris clair sur un fond blanc. "C'est élégant", pense le designer. "C'est invisible", pense le lecteur.

Le contraste insuffisant est l'une des erreurs les plus répandues, et les plus coûteuses. Si quelqu'un ne peut pas lire votre texte, il ne cliquera pas sur votre bouton, ne finira pas votre article, et n'achètera pas votre produit. C'est un problème commercial, pas juste esthétique.

C'est aussi un enjeu d'accessibilité. Les personnes malvoyantes, daltonniennes, ou simplement fatiguées après une longue journée sur écran souffrent énormément d'un contraste faible. Et ça représente bien plus de gens que vous ne l'imaginez.

Comment vérifier : utilisez un outil gratuit comme WebAIM Contrast Checker pour tester vos combinaisons de couleurs. L'objectif : un ratio de contraste d'au moins 4.5:1 pour le texte courant et 3:1 pour les grands titres. Si votre design échoue à ce test, changez vos couleurs, pas vos ambitions.

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Erreur n°6 : mal associer ses polices

Le "font pairing" (l'association de polices) est un art en soi. Et comme dans tout art, il y a une règle fondamentale : le contraste crée l'harmonie.

Associer deux polices trop similaires, c'est comme porter une chemise bleu marine avec un pantalon bleu foncé. Ça ne "clash" pas, mais ça n'a aucune personnalité. À l'inverse, associer deux polices trop différentes sans logique, c'est le chaos.

Le secret ? Cherchez le contraste dans la complémentarité. Une police serif élégante pour les titres (comme Playfair Display) avec une sans-serif clean pour le corps (comme Lato ou Open Sans). La première attire l'attention, la seconde assure la lisibilité.

Trois combinaisons qui fonctionnent presque à chaque fois :

Montserrat + Lora : moderne et chaleureux, parfait pour un blog ou un site vitrine. Bebas Neue + Nunito : audacieux et accessible, idéal pour les startups et la tech. Libre Baskerville + Open Sans : classique et fiable, excellent pour les marques qui veulent inspirer confiance.

Des outils comme FontPair ou Mixfont peuvent vous aider à trouver des associations testées et validées. N'hésitez pas à les explorer avant de figer votre choix.

Erreur n°7 : oublier la lisibilité sur mobile

Voici une statistique qui devrait vous faire réfléchir : au Maroc et dans la région MENA, la majorité du trafic web vient des smartphones. Si votre typographie est pensée uniquement pour un écran de bureau, vous perdez une énorme partie de votre audience.

Les polices trop fines deviennent invisibles sur un petit écran. Les lignes trop longues fatiguent l'œil. Les tailles trop petites obligent à zoomer, et personne n'a envie de zoomer pour lire votre offre.

Les bons réflexes : choisissez des polices avec une hauteur de x généreuse (la hauteur des lettres minuscules comme "a", "e", "o"). Des polices comme Inter, Roboto ou Nunito sont conçues spécifiquement pour les écrans et restent parfaitement lisibles en petite taille. Visez une taille de corps de 16px minimum pour le texte mobile, et limitez la longueur de ligne à 45-75 caractères.

Testez toujours votre design sur votre propre téléphone. Si vous devez plisser les yeux, vos clients le feront aussi, et ils partiront.

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La typographie, votre avantage compétitif silencieux

Revenons à mon ami et sa carte de visite catastrophique. Après avoir corrigé ces erreurs (deux polices au lieu de cinq, une vraie hiérarchie, un contraste lisible), il m'a rappelé un mois plus tard.

"Les gens me demandent qui a fait mon branding. Ils pensent que j'ai payé une agence."

Il n'avait pas payé une agence. Il avait juste appris à éviter sept erreurs.

La typographie ne fait pas de bruit. Elle ne brille pas comme un beau logo ou une photo spectaculaire. Mais elle est le socle de tout design professionnel. Elle est la différence entre "cette marque a l'air sérieuse" et "ce truc a été fait sur Paint".

Que vous soyez entrepreneur en train de construire votre identité visuelle ou designer cherchant à affiner vos fondamentaux, maîtriser la typographie est l'un des investissements les plus rentables que vous puissiez faire.

Commencez par une seule de ces corrections. Aujourd'hui. Pas demain. Ouvrez votre dernier design, vérifiez votre nombre de polices, votre hiérarchie, votre contraste. Corrigez une chose. Puis une autre.

Votre audience ne saura peut-être jamais ce que vous avez changé. Mais elle le ressentira.

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Tasmim

Tasmim se veut être la première place de marché au Maroc pour le design graphique. Notre communauté est composée d'un très grand nombre de graphistes et d'entrepreneurs qui collaborent via des concours de design.


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